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Agriculture et Forêt

Bienvenu sur le blog de la commission agriculture et forêt de CAP 21!

dans cette rubrique vous trouverez:

. Les communiqués de CAP 21 sur les thèmes agricoles

. Des dossiers thématiques: OGM, agriculture biologique

. Des notes d'humeur

. Des contributions et les travaux des membres de la commission

N'hésitez pas à nous faire connaître vos réactions et vos suggestions.

Elles sont les bienvenues !

Bonne lecture!

Georges Fandos

responsable de la commission agriculture forêt

Vendredi 26 mai 2006
communiqué confédération paysanne (24/05/06) : OMC - Les négociations sont dans l’impasse et M. Mandelson perd son sang-froid Le blocage des négociations à l’OMC fait perdre la raison à M. Mandelson, Commissaire européen en charge du commerce, qui propose de réduire encore plus les droits de douanes sur les importations de produits agricoles. L’offre qui avait été faite par l’Europe avant la ministérielle de Hong-Kong au mois de décembre de baisser de 39 % ses taxes signifiait la délocalisation de nombreuses productions vers des pays où les multinationales exploitent scandaleusement la main d’œuvre et détruisent l’environnement à marche forcée. La nouvelle suggestion de M. Mandelson de diminuer les droits de douanes jusqu’à 54 % est inacceptable. Elle signifierait la destruction d’emplois agricoles, la désertification de régions entières et la mort économique de nombreuses campagnes. Avec cette proposition, l’Europe organise sa dépendance alimentaire. Dans le contexte actuel de crise économique, cette proposition est vécue comme une provocation scandaleuse par les paysans de la Confédération paysanne. Le blocage des négociations à l’OMC montre clairement que de nombreux pays du sud ne croient aux supposés vertus du libéralisme économique. La Confédération paysanne propose une nouvelle organisation de la production agricole, la souveraineté alimentaire. Pour l’Europe cela signifie en particulier d’arrêter les exportations subventionnées qui détruisent les paysanneries du sud et de maîtriser sa production pour qu’elle corresponde à ses besoins intérieurs.
Par Georges Fandos - Publié dans : www.cap21.agriculture.foret
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Dimanche 9 avril 2006

DEBAT SUR LA POLITIQUE AGRICOLE :

QUELLES PROPOSITIONS FACE À LA CRISE AGRICOLE ?

Le sort des viticulteurs et plus généralement des agriculteurs, face à la crise est très inquiétant et il devient urgent que la politique agricole soit revue fondamentalement sur les points suivants :

. Les prix payés aux producteurs par les acheteurs (centrales d’achat des GMS, expéditeurs, particuliers…) ne doivent pas être inférieurs au coût de production, afin d’assurer un revenu décent aux agriculteurs : cela passe pour chaque denrée, par la fixation de prix minimum de référence pour les denrées agricoles payées au niveau de la production, définis par les Centres de Gestion Agricoles et le Ministère de l’Agriculture.

Ces prix minimum devraient être impérativement respectés par tous les acheteurs.

Afin de tenir compte des sur-coûts de production dans les zones plus difficiles (montagne), un complément de rémunération pourrait être versée par les pouvoirs publics qui se substituerait aux différentes aides actuelles.

Il ne s’agirait pas d’une aide découplée de l’acte de produire qui est anti-économique, mais d’un moyen de maintenir des exploitations dans les zones à faible densité afin d ‘aménager l’espace de manière équilibrée et de lutter contre l’exode rural.

La mise en place de ces aides pourrait être définie, dans le cadre d’une orientation nationale, par des commissions agricoles départementales, avec la participation des agriculteurs, des environnementalistes des associations de consommateurs et autres usagers de l’espace (forestiers, chasseurs, promeneurs…).

On pourrait ainsi encourager l’agriculture qui utilise et aménage l’espace (élevage à l’herbe au lieu du hors-sol ), celle qui économise l’eau, ou qui produit le plus de qualité (agriculture bio ou raisonnée, labels …).

Les autres aides directes aux producteurs pourraient être ainsi supprimées. C’est plus digne être payé correctement de son travail que devoir mendier des aides à l’état !

De plus les aides actuelles aident les plus gros qui en ont le moins besoin (actuellement 80 % d’aides vont aux 20 % les plus riches car les aides publiques - par exemple les primes publiques de l’UE/ Etat pour les céréales, sont calculées à l’hectare sans autre limite de surface que la référence historique : vous étiez gros propriétaire, on vous encourage à le devenir encore plus !).

. Les produits importés dans l ‘espace de l’Union Européenne qui rentrent en concurrence avec les produits communautaires, devraient être taxés afin de corriger les disparités de prix liés à l’inégalité de salaires et à de règles environnementales moins strictes dans les pays d’origine. Ces taxes pourraient être ensuite reversées aux agriculteurs des pays exportateurs pour améliorer leur revenu et soutenir leur agriculture vivrière (qui produit des denrées pour leur consommation intérieure).

Les aides aux exportations agricoles hors UE, injustes, dangereuses et coûteuses doivent être démantelées au pus vite. Ces aides constituent un mécanisme qui décourage les productions vivrières dans les pays pauvres, et elles bénéficient à des gros producteurs chez nous qui n’en ont pas besoin. . Pour les secteurs en surproduction, des aides à la reconversion en particulier dans l’agriculture biologique, ,quand c’est techniquement possible ou les bio-carburants, devraient être mises en place. Pour les productions soumises à des quota ou susceptibles de l’être (lait, beurre, céréales…) un système de prix agricoles dégressif selon le nombre d’actifs par exploitation (quantum) découragera la concentration des exploitations et la surproduction.

. La recherche en agriculture biologique doit être encouragée, car actuellement la recherche dans l’agriculture classique reçoit l’essentiel des aides publiques.

Ce sont les bases d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement, de l’autonomie et de la souveraineté alimentaire qui seraient ainsi jetées, condition du maintien des exploitations et d ‘un espace rural vivant chez nous, et du développement des pays pauvres dans le respect de la planète.

Georges Fandos

Responsable de la Commission Nationale agriculture et forêt de CAP 21

Ingénieur agronome

Par Georges Fandos - Publié dans : www.cap21.agriculture.foret
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Mercredi 11 janvier 2006

Les exportations à tout prix : la recette du libre échange proposée par Oxfam pour le tiers-monde

Le rapport d’Oxfam International intitulé “ Des règles manipulées et des normes différenciées ” concernant le commerce, la mondialisation et la lutte contre la pauvreté est une tentative audacieuse de combiner deux paradigmes.

Cependant, quand deux paradigmes sont incommensurables, les associer ne peut que déboucher sur une analyse schizophrénique.

Oxfam International tente, de manière infructueuse, de combiner deux paradigmes sur la mondialisation : l’un qui donne la préférence à la démocratie, l’autre au commerce et au marché.

Le premier paradigme est basé sur les principes de justice, de démocratie, de souveraineté et de durabilité. Il est porté sur des modes divers par le mouvement antimondialisation, qui dénonce les distorsions et les injustices des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de la Banque mondiale (BM) concernant les programmes de libéralisation du commerce – le second paradigme, qui est soutenu par ces institutions.

 Le premier paradigme resitue les relations commerciales au sein de politiques plus fondamentales basées sur les droits des populations, la participation des citoyens et la durabilité écologique.

Le second paradigme démantèle la démocratie, la souveraineté des peuples et la durabilité du développement, et place les politiques commerciales au-dessus de toutes les autres politiques économiques. En détachant les relations commerciales de leur contexte social et écologique, il porte atteinte à la cohésion sociale et à l’intégrité des systèmes écologiques. Il génère de la pauvreté en détruisant ce qui constitue la trame de la sécurité économique et écologique.

Le rapport d’Oxfam reprend à 90 % les critiques formulées par le mouvement antimondialisation, bien qu’il évite de reconnaître sa dette vis-à-vis de celui-ci et tente même de le ridiculiser en le traitant de “ mondialophobe ”. Or le mouvement antimondialisation n’est pas “ mondialophobe ” ; il est fondé, au contraire, sur l’internationalisme et la solidarité. Ce contre quoi il lutte, ce sont des règles du libre échange, qui ne sont pas assujetties à la morale, à la justice, à la démocratie et aux contraintes écologiques.

Oxfam, apparemment, s’oppose à ces “ règles du jeu perverties ”, sauf quand il s’agit de l’accès aux marchés et du commerce des produits agricoles, traité au chapitre 4. Dans ce chapitre, qui débute par les assertions classiques de l’OMC et de la BM, la libéralisation du commerce et la déréglementation des marchés deviennent l’alpha et l’oméga de toute politique économique.

Le commerce peut constituer un moteur puissant de croissance économique et de réduction de la pauvreté. Mais pour que ce moteur fonctionne, les pays pauvres doivent accéder aux marchés des pays riches.

Élargir cet accès aux marchés peut aider ces pays à accélérer leur croissance, tout en créant de nouvelles opportunités pour les plus pauvres. Cela est particulièrement vrai pour les produits agricoles et ceux ayant un fort contenu de main-d’œuvre car ces secteurs concentrent la plus grande partie des populations situées en dessous du seuil de pauvreté.

L’accès aux marchés apparaît ainsi comme la potion magique susceptible d’exterminer la grande pauvreté. Mais l’accès aux marchés n’est qu’une autre façon de désigner le développement tiré par les exportations. Après tout, le commerce est la relation entre les pays exportateurs et les pays importateurs. En ne mettant l’accent que sur l’accès aux marchés des pays riches, Oxfam rend invisible les coûts économiques, sociaux et écologiques que génèrent, dans les pays du tiers-monde, des politiques agricoles obsédées par la question des exportations. Alors que cette théorie de l’accès aux marchés laisse entendre que les pays riches sont appelés à consentir un certain sacrifice, en réalité, ce sont les pauvres dans les pays pauvres qui feront le sacrifice.

L’accroissement des exportations agricoles et l’accès aux marchés impliquent également un accroissement de la consommation dans des pays où celle-ci présente déjà un caractère non durable, puisant dans les ressources limitées de la planète au-delà de sa capacité de renouvellement. Combien de chemises et de jeans les riches consommateurs peuvent-ils porter, combien de haricots verts et de fraises supplémentaires peuvent-ils manger ? Oxfam passe aussi sous silence le fait qu’en matière agricole, une consommation plus élevée dans les pays riches a pour contrepartie une baisse de la consommation des produits de base dans les pays pauvres, accroissant ainsi leur pauvreté. Comme l’activité agricole est basée sur la terre, l’eau et la biodiversité et que la disponibilité en terre et en eau est limitée, des politiques agricoles tournées vers les exportations détruiront mécaniquement l’agriculture vivrière à destination de la consommation locale.

La prédominance des exportations détourne des ressources naturelles afin de produire des produits de luxe à bas prix pour les consommateurs riches des pays riches. Elle transfère également la maîtrise des ressources des petits paysans et des pêcheurs vers les entreprises de “ l’agro-industrie ”, détruit les ressources de base à travers un processus non durable et, de ce fait, la subsistance des petits producteurs, créant de la pauvreté au lieu de l’éliminer. Tous les pays du tiers-monde sont sollicités par la BM afin de réorienter leur agriculture vers les produits d’exportation, en particulier la viande, les produits de la mer, les fleurs et les légumes.

La recette d’Oxfam n’est que la vieille recette de la BM de priorité aux exportations. La seule différence, c’est qu’Oxfam la désigne sous le jargon de l’OMC “ d’accès aux marchés ”, alors que la BM parle de libéralisation du commerce et de réformes économiques.

Premièrement, cette politique détourne les ressources rares que sont l’eau et la terre au profit des marchés d’exportation et au détriment de la satisfaction des besoins locaux, créant ainsi un terrain favorable à la famine pour les communautés les plus vulnérables et les plus marginalisées. C’est ce qui apparu pendant la colonisation, et c’est ce qui apparaît dans le cadre de la mondialisation recolonisatrice. Comme l’a montré Utsa Patnaik, un économiste indien réputé, sous l’occupation britannique la consommation annuelle de céréales par habitant est passée de 200 kg en 1918 à 150 kg en 1947. Les récoltes des céréales non alimentaires ont crû dix fois plus vite que les céréales alimentaires pour fournir les marchés à l’exportation. La grande famine du Bengale, qui a tué deux millions de personnes, en a été la conséquence. À Java, sous l’occupation hollandaise, les cultures d’exportation ont crû de 600% pendant que la consommation de riz chutait de 1999 kg/cop en 1885 à 162 kg/cop en 1940. Cette relation inverse entre la croissance des exportations et la baisse de la consommation alimentaire locale et nationale a bien été mise en évidence à l’occasion des plans d’ajustement structurel de la BM. Au Nigeria, en Éthiopie, au Soudan, en Tanzanie et au Zaïre, qui comptent 60% de la population de l’Afrique subsaharienne, la production céréalière par tête a chuté de 33% et la production alimentaire totale par tête a chuté de 20%. Tous ces pays voyaient dans le même temps croître leur production agricole d’exportation par tête.

Oxfam, qui à l’origine était une organisation d’aide alimentaire d’urgence, semble avoir oublié ses racines. Pas une seule fois les questions de la famine et des droits alimentaires ne sont abordées dans le chapitre sur les cultures d’exportation.

La deuxième remarque, c’est que le chiffre de 100 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour les pays exportateurs recèle des coûts cachés pour les écosystèmes locaux et les moyens de subsistance des paysans et des pêcheurs qui sont déplacés par les grandes sociétés travaillant pour l’exportation, en mettant en œuvre des moyens à l’opposé des principes du développement durable pour maximiser leurs profits.

Dans le secteur convoité de la viande, des fleurs et des crevettes, pour chaque dollar de revenu touché par ces entreprises, il existe un coût caché de 10 dollars en termes de dégradation écologique et de communautés locales ruinées. Le chiffre magique d’Oxfam de 100 milliards de dollars d’accroissement des revenus liés aux exportations cache ainsi 1000 milliards de dollars en coûts sociaux et écologiques déstructurant les communautés locales, laissant celles-ci encore un peu plus pauvres. C’est pourquoi, localement, des protestations s’élèvent contre chaque ferme aquacole, chaque plantation de fleurs, chaque abattoir. Les secteurs exportateurs qui sont les plus soutenus dans le cadre des politiques de libéralisation du commerce sont l’aquaculture, la floriculture et l’élevage. Selon l’idéologie convenue du libre échange, les revenus d’exportation tirés de l’élevage des crevettes, de la culture des fleurs et de l’élevage devraient financer les importations alimentaires. Par conséquent, il serait exagéré d’affirmer que le détournement de capacités productives au détriment de la consommation locale et au profit de la production d’aliments de luxe pour les consommateurs opulents du Nord constitue un échec. Cependant, en Inde, l’aquaculture, la floriculture et l’élevage pour l’exportation sont une forme de développement ni durable, ni même efficace. Dans chaque cas, les produits alimentaires mis sur les marchés d’exportation ont occasionné une destruction d’autres produits alimentaires en quantité supérieure, par détournement des ressources et destruction des écosystèmes. Dans le cas de l’exportation de fleurs, l’Inde a dépensé l’équivalent de 1,37 milliard de roupies en devises pour faire la promotion de sa floriculture, laquelle n’a rapporté que 0,32 milliard de roupies. Avec les revenus issus des exportations de fleurs, l’Inde ne peut acheter que le quart des produits alimentaires qu’elle aurait pu produire elle-même. Notre sécurité alimentaire a par conséquent diminué de 75%, et la fuite de devises s’est accrue de plus d’un milliard de roupies. Dans le cas de l’exportation de viande, pour chaque dollar gagné, l’Inde détruit l’équivalent de 10 dollars de ressources, correspondant à des fonctions écologiques assurées par les animaux de ferme dans le cas d’une agriculture durable. Le bétail en Inde est une source de fertilisants organiques et d’énergie renouvelable. Quand on l’abat pour l’exportation, ces services essentiels fournis gratuitement par le bétail doivent être remplacés par des fertilisants chimiques et de l’énergie fossile, accroissant ainsi les sorties de devises et contribuant au réchauffement climatique. Dans le cas de l’abattoir Al Kabeer, situé dans l’Andhra Pradesh, l’État aurait pu économiser l’équivalent en devises de 360 millions de roupies pour le premier lot d’animaux qui y fut abattu. En tenant compte du fait qu’ils auraient pu vivre au moins cinq années supplémentaires, ils auraient pu faire réaliser une économie en devises de 360 x 5, soit 1,8 milliard de roupies. En poursuivant le raisonnement, si tous les animaux destinés à l’abattage à Al-Kabeer, disons pendant cinq ans, allaient au terme de leur existence normale, ils pourraient nous faire économiser 182,05 x 5 = 910 milliards de roupies en devises. Cela signifie que, face aux 200 millions de roupies attendues de l’abattoir d’Al-Kabeer, l’État pourrait économiser 9,1 milliards de roupies en devises. Dans le cas des crevettes, chaque roupie de revenu généré par l’exportation a impliqué un coût supérieur à 5 roupies, équivalent aux atteintes écologiques portées aux systèmes aquatiques, à la biodiversité, à l’agriculture et aux zones de pêches. L’élevage industriel de la crevette détruit 200 fois plus d’espace que la seule surface des bassins, compte tenu de la salinisation des eaux souterraines, de la pollution des eaux littorales, de la destruction de l’agriculture et des mangroves. Au regard de chaque emploi créé, 15 emplois de subsistance sont détruits. Nous détruisons davantage de production alimentaire en détruisant l’agriculture familiale et des pêcheries que nous ne pouvons en acheter grâce aux revenus générés par l’exportation de la crevette en élevage industriel. Par ailleurs, ces revenus d’exportation vont aux emplois industriels bien payés, alors que le prix des destructions est payé par les paysans et les pêcheurs pauvres. Ainsi, notre société paye un coût, en termes d’insécurité alimentaire et de désastre écologique, supérieur aux revenus qu’elle retire des exportations de produits de luxe tels la crevette, les fleurs ou la viande.

 Les agriculteurs de l’Andhra Pradesh luttent contre “ Vision 20/20 ”, une politique de promotion des exportations qui ne fait aucune place aux petits exploitants, mais considère l’agriculture comme l’activité des sociétés de “ l’agro-industrie ”.

Enfin, un dernier point : la libéralisation tournée vers l’exportation est une mauvaise chose pour l’exportation. Non seulement les populations et l’environnement sont les perdants d’un régime commercial déréglementé, mais les exportations elles-mêmes en pâtissent. L’Inde, connue comme la reine du poivre, qui attira des vagues de colonisateurs, ne peut plus en exporter à cause d’une concurrence tirant les prix vers le bas.

 De plus, la dévaluation compétitive des monnaies nationales oblige les pays à exporter des quantités toujours plus grandes de denrées pour des revenus sans cesse décroissants. Ainsi, une augmentation des exportations ne signifie pas forcément une augmentation des revenus, ruinant ainsi la thèse centrale du rapport d’Oxfam qui veut qu’une augmentation des exportations mondiales de 1% génère 100 milliards de dollars. Même si certains pays doublaient leurs exportations en volume, ils n’en tireraient pas des revenus supplémentaires en devises à cause de la dégradation des termes de l’échange. Changer les termes de l’échange implique des changements structurels dans l’économie mondiale, ceux que justement le mouvement antiglobalisation appelle de ses vœux.

Dans le cadre de ce changement structurel, le commerce international n’est plus le moteur de la croissance. Le Bengale Occidental a accru la productivité de son agriculture et sa croissance non pas grâce à l’exportation, mais grâce à une réforme agraire. Mettre les ressources disponibles entre les mains de la population et garantir aux petits producteurs l’accès aux marchés locaux, voilà la voie la plus sûre, la plus durable et la plus intégrante pour faire reculer la pauvreté. Les petits producteurs ont besoin d’accéder aux marchés locaux qui se délitent parce que les multinationales y écoulent des produits à des prix fixés artificiellement bas par des subventions et que les importations ont été déréglementées. En sortant les relations commerciales de leur contexte, l’Oxfam est devenu aveugle au fait que les politiques nationales de développement tiré par les exportations font passer les pays d’un système privilégiant l’alimentation des populations à un système privilégiant les exportations. L’agriculture est en train de passer d’un système paysan employant des millions de personnes à un système concentré entre les mains de quelques firmes agro-industrielles, où les ressources naturelles ne sont plus la propriété des communautés locales au service de leur subsistance et de leur bien-être, mais exploitées par des entreprises pour satisfaire la consommation de luxe des pays riches. Voilà donc les questions que l’Oxfam passe sous silence (le rapport n’évoque jamais les petits paysans et ne parle que de producteurs – on n’y parle pas d’agriculture durable, mais seulement d’accès aux marchés), alors qu’il est désormais bien établi que le meilleur moyen d’accroître les revenus des paysans, c’est de remplacer les intrants extérieurs par des intrants locaux. Ce sont ces questions qui sont au cœur du débat international concernant l’agriculture et l’alimentation. Partout, les gens demandent que l’agriculture soit réinscrite dans un fonctionnement écologique, dans une culture et dans la satisfaction des besoins fondamentaux. Des groupes travaillent pour revivifier les petits agriculteurs, assurer leur défense et conforter les marchés locaux. C’est de cette manière que la justice s’accomplira dans les relations commerciales, et non pas à travers les faibles échos de la BM ou les chœurs vantant “ l’accès aux marchés ” à la Zoellick-Lamy – un bien modeste chœur qu’Oxfam a rejoint comme jeune apprenti. Oxfam parle d’une “ mondialisation incluante ”, mais le projet même de la mondialisation économique est un projet d’exclusion économique et politique. Le génocide du Gujarat et l’essor de Jean-Marie Lepen en France sont autant de signes de politiques élaborées sous l’emprise de la mondialisation économique et qui ont détruit des moyens de subsistance, des emplois, des ressources et des cultures. Oxfam, comme d’autres partisans de la mondialisation, qualifie d’isolationnisme le fait de vouloir bâtir des économies locales et nationales fortes et réactives. Mais ce sont les fondements de la sécurité économique, et de ce fait, le seul antidote à la xénophobie et au fondamentalisme des forces de la haine et de l’isolement. L’insécurité générée par la mondialisation est un terreau fertile pour l’émergence de fascismes isolationnistes. La mondialisation nourrit l’isolationnisme, l’exclusion sociale et l’éclatement des sociétés. Au contraire, les économies locales fortes intègrent les communautés en générant une sécurité globale et en renforçant les cultures qui incluent. L’équation est claire : mondialisation = insécurité + exclusion ; démocratie économique + développement local = sécurité et inclusion. Oxfam rêve de construire un mouvement en faveur d’une réforme du système commercial international, aussi puissant que le fut le mouvement anti-apartheid. Pour cela, Oxfam devra cheminer à côté des mouvements populaires et tirer d’eux son engagement et sa légitimité. Oxfam est donc confronté à un choix : militera-t-il pour un commerce mondial régi par les principes de paix, de justice et de développement durable ou deviendra-t-il une petite voix cooptée par les avocats du libre échange dominant ? Mettra-t-il la paix et la sécurité des peuples au-dessus des relations commerciales ? Fera-t-il passer en priorité l’intérêt des peuples ou celui du commerce mondial ? La nourriture d’abord ou les exportations d’abord ? Ira-t-il jusqu’au bout du combat pour un changement structurel et une transformation des règles régissant le commerce international et du paradigme de libre échange ? Vandana Shiva dirige la Research Foundation for Science, Technology and Natural Resource Policy, un réseau de chercheurs spécialisé en développement et en agriculture durables. Elle est également conseillère en écologie au Third World Network, un mouvement dont l’objectif est de donner la parole aux peuples du tiers-monde et de rechercher une répartition des ressources mondiales conforme à la justice et au développement durable. Contact pour cet article : vshiva@giasdl01.vsnl.net.in - http://www.vshiva.net/ Réponse d’Oxfam à l’article de Walden Bello, “ Faire du commerce équitable ” Note : Nous ne disposons de l’article de Walden Bello que dans sa version originale qui a été publiée entre autre dans Sand in the Wheels n°126 que vous pouvez retrouver sur http://attac.org/indexen sous le titre « What’s Wrong With the Oxfam Trade Campaign » Cette note est une réponse à un article de Walden Bello, membre de Focus on the Global South, à propos de la campagne d’Oxfam sur le commerce – “ Faire du commerce équitable ” –, qui a été publié entre autres dans la Newsletters n° 126 du 1er mai sous le titre : “ Qu’y a-t-il d’erroné dans la campagne d’Oxfam sur le commerce ? ”. Oxfam tient le travail de Walden Bello en haute estime. Il a joué un rôle central dans la remise en cause de la légitimité des institutions mondiales, qui placent le profit des entreprises et l’intérêt personnel des gouvernements du Nord au-dessus des impératifs de réduction de la pauvreté. Nous reconnaissons aussi l’énorme contribution apportée par Focus, qui mobilise pour faire changer les choses. Dans sa critique de la campagne d’Oxfam, Walden Bello conclut en remarquant que “ c’est seulement à travers le débat et le dialogue entre partenaires et alliés que nous pouvons aller de l’avant ”. Cette réponse est écrite dans cet esprit. 1. Le point de départ de la campagne d’Oxfam Lors d’un débat précédent avec Philippe Legrain, de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Walden Bello a écrit : “ Le commerce peut être bénéfique ou néfaste pour le développement national, tout dépend des règles qui le guident ”. Nous partageons ce point de vue. Comme le montre clairement notre rapport de campagne, “ Règles truquées et doubles mesures ”, nous pensons que le commerce a la possibilité d’agir en faveur d’une réduction de la pauvreté. Nous continuons d’affirmer que ce potentiel n’est pas mis en œuvre précisément parce que les règles sont définies pour favoriser les riches et marginaliser les pauvres. Nous soulignons le rôle des pays du Nord et des compagnies transnationales dans la création d’un système de règles et d’institutions du commerce mondial qui avantage et désavantage systématiquement. Nous mettons en avant un argument pour changer les règles. Cet argument repose sur une proposition que certains rejettent : c’est que les marchés internationaux, tout comme les marchés nationaux, peuvent être organisés de façon à servir les pauvres en défiant les rapports de force existants. Au niveau mondial, cela signifie défier la domination actuelle des prescriptions du Fonds monétaire international (FMI), de l’OMC et de la Banque mondiale. Au niveau national, cela signifie entreprendre des réformes de redistribution. À aucun endroit du rapport nous ne prêchons en faveur de modèles néo-libéraux de croissance tirée par les exportations, encore moins en faveur de prescriptions de libre échange dans les pays en voie de développement (PED). En fait, nous disons clairement que l’accroissement des exportations au sein de la mondialisation a accru les inégalités. Nous ne prétendons pas non plus que l’accroissement des exportations soit un substitut aux stratégies de réduction de la pauvreté. Il serait visiblement absurde de prétendre qu’un pays comme le Brésil peut utiliser le commerce pour réduire la pauvreté en l’absence de changements fondamentaux de la distribution des biens et des chances. Il serait également absurde de ne pas sanctionner des modèles d’exportation qui génèrent une destruction écologique. Néanmoins, pour des raisons exposées dans le rapport, nous croyons vraiment que les exportations peuvent jouer un rôle en faveur des stratégies de réduction de la pauvreté, à la fois en générant des emplois et en créant des conditions plus larges pour la croissance économique. 2. L’accès aux marchés Une bonne part de la critique de Focus est fondée sur une mauvaise lecture de la campagne d’Oxfam. Dans le paragraphe d’ouverture, Walden Bello déclare que la campagne d’Oxfam est “ une campagne mondiale pour promouvoir un accès plus étendu des produits des PED aux marchés des pays du Nord ”. Ceci est faux. L’accès aux marchés n’est que l’un des thèmes qui sont abordés. Comme le montre clairement notre rapport, la campagne d’Oxfam a pour but de défier – et de changer – les règles du commerce mondial dans un grand nombre de situations. Nous appelons à des réformes des accords TRIPS dans le cadre de l’OMC. Avec d’autres, Oxfam s’est toujours élevé contre les abus de pouvoir des entreprises et les intérêts égoïstes des gouvernements, qui se servent eux-mêmes grâce à cet accord. Comme Focus, nous rejetons aussi la possibilité d’utiliser l’OMC pour ouvrir les marchés aux investisseurs étrangers, libéraliser les marchés ou forcer les pays à négocier un train de nouveaux sujets – incluant la politique de mise en compétition et d’achat de fournitures – à l’ordre du jour de l’OMC. Un des thèmes majeurs de la première année de la campagne sera la crise des marchés des matières premières, au sujet de laquelle nous plaidons en faveur de mécanismes internationaux pour stabiliser les prix à de meilleurs niveaux de rémunération. Un chapitre entier du rapport est consacré à la critique des conditions de prêts du FMI et la Banque mondiale en vue d’imposer la libéralisation des importations dans les PED. Un autre thème majeur de la campagne est de prohiber l’exigence de telles libéralisations comme préalable à l’obtention de prêts. Cela dit, nous ne présentons aucune excuse pour le fait d’attacher de l’importance à l’amélioration des conditions d’accès aux marchés. Le protectionnisme des pays du Nord est le plus excessif et arbitraire précisément dans les domaines – textiles et agriculture en particulier – où les pays développés en général et les pauvres en particulier cherchent à gagner le plus possible. La libéralisation de ces secteurs a biaisé massivement les bénéfices du commerce international en direction du monde industrialisé. Nous pensons qu’il est essentiel d’insister sur le problème du protectionnisme des pays du Nord, non pas en tant que cause primaire ou exclusive de la pauvreté mais comme l’un des exemples les plus clairs du fait que le système de commerce international est corrompu et profondément détourné contre les économies pauvres. Les gouvernements des PED essaient d’utiliser les négociations sur le commerce pour redresser ce déséquilibre et nous soutenons sans réserve leurs efforts. Nous estimons indéfendables les résultat que les pays du Quad ont obtenus tels que leur départ progressif de l’accord multifibres ou de la réforme de l’agriculture. La campagne d’Oxfam continuera d’attacher une attention prioritaire à ces deux domaines. 3. L’agriculture orientée vers les exportations Walden Bello cite une première réponse de Food First à la campagne d’Oxfam, avec laquelle il est apparemment d’accord, qui suggère que nous sommes en faveur du “ paradigme de la croissance orientée vers les exportations ”. Ils supposent manifestement que seule l’agriculture monopolistique bénéficierait de l’accès aux marchés du Nord. Est-ce que cela signifie que le monde industrialisé aurait le droit d’interdire des importations de riz en provenance du Vietnam et de Thaïlande, de thé venant d’Inde ou de sucre de Mozambique ? Le véritable problème est que les gouvernements nationaux n’adoptent pas des politiques qui empêchent les structures monopolistiques d’émerger. Nous partageons les préoccupations de Food First sur la forme actuelle de la croissance des exportations agricoles dans les PED. Néanmoins, nous rejetons la mise en opposition simpliste des “ cultures pour gagner de l’argent ” et des “ cultures pour nourrir ”, et de la production pour les marchés domestiques et pour les marchés d’exportation. En fait, nous pensons que ce genre de dichotomie écarte l’attention des vrais problèmes des politiques nationales et des politiques des institutions internationales, qui assujettissent la distribution des bénéfices à la participation aux marchés. Après tout, le même modèle de croissance anti-pauvres qui empêche les pauvres de bénéficier des exportations apparaît dans de nombreux marchés domestiques. Il faut s’intéresser à ces déséquilibres au travers des politiques nationales qui favorisent l’emploi et la sécurité alimentaire dans les économies pauvres. Mais nous ne partageons pas avec Food First l’hypothèse que le modèle en vigueur est immuable ou l’hypothèse parallèle que les exportations de denrées alimentaires sont foncièrement nuisibles pour les pauvres. 4. Un avocat du groupe de Cairns ? Selon Focus, Oxfam est désormais “ un avocat de la société civile en faveur de la position du groupe de Cairns ”. Ceci est faux. Nous rejetons catégoriquement la position du groupe de Cairns sur la libéralisation du marché. Comme nous le montrons en détail dans le rapport, tous les PED devrait garder le droit de protéger leurs systèmes alimentaires, pas seulement parce que la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté sont impératives en soi, mais aussi parce que les marchés mondiaux sont très lourdement faussés. C’est pourquoi nous avons rejoint d’autres mouvements en appelant à former “ une boîte de développement ”. Obtenir des règles qui respectent le droit des PED de protéger leur agriculture est une des principales priorités de la campagne, comme le spécifie notre rapport. La critique de Focus sur la position d’Oxfam à propos de l’agriculture soulève une importante question tactique qui va au cœur d’un dilemme plus large auquel sont soumis les gouvernements des PED. Cette question est de savoir si, en entrant dans les négociations sur un meilleur accès aux marchés, les PED seront soumis à un marchandage inégal au terme duquel ils seront obligés d’ouvrir encore plus leurs propres marchés dans des secteurs tels que l’agriculture, la banque ou les services. Les dangers sont évidents et s’étendent bien au-delà de l’OMC. Néanmoins, le grand défi ici, comme le suggère Focus, est que les gouvernements du Sud et la société civile travaillent ensemble pour restreindre le champ et le mandat de l’OMC. Une campagne qui dénonce les gouvernants des pays riches comme des hypocrites menant un double jeu ne peut qu’aller dans ce sens. Il sera plus difficile pour ces gouvernants de pays riches de demander une seconde phase de libéralisation de la part des pays pauvres si l’on a montré qu’ils gardent leurs propres marchés bien fermés. Notre campagne a été développée dans cette voie. 5. Présentation déformée dans les médias Dans un commentaire sur un rapport de presse durant le lancement de la campagne, Focus décrit comme “ parfaitement compréhensible ” un article du Washington Post décrivant Oxfam comme un membre du camp du marché libre. D’un point de vue équilibré et objectif, l’article en question déformait gravement la vérité, tout comme l’usage très sélectif des citations des dirigeants d’Oxfam. Le jour même où cet article est paru, Oxfam était condamné par le Herald Tribune en tant qu’opposant au marché et au libre échange et comme mouvement antimondialisation. Un autre article décrit le rapport de campagne comme étant “ radicalement keynésien ”… Enfin, Walden Bello reproche à Oxfam de cataloguer le vaste mouvement contre la mondialisation pilotée par les entreprises de “ mondialophobe ”. En fait, nous disons clairement que nous ne faisons pas ici allusion à une partie significative des mouvements pour un commerce plus juste et contre la mondialisation néolibérale (à laquelle nous appartenons), mais à des sortes de petits groupes politiques, principalement dans les pays industrialisés, qui sont fondamentalement opposés au commerce avec les PED. Certains de ces groupes sont d’extrême droite, tandis que d’autres représentent une minorité extrémiste en faveur de l’autarcie. Nous avons reçu de très nombreux commentaires à propos du “ Rapport sur le commerce ” durant ces dernières semaines. Certains d’entre eux ont été très provocateurs mais nous apprécions le débat qui a été suscité. Les forces contre lesquelles nous nous élevons sont extrêmement puissantes et c’est seulement en bâtissant ensemble nos positions et nos stratégies que nous avons une chance de faire véritablement changer les choses. Nous espérons que les débats qui ont lieu aujourd’hui à travers nos réseaux de par le monde aideront à bâtir un mouvement plus puissant en faveur de la justice sociale.

Par Georges Fandos - Publié dans : www.cap21.agriculture.foret
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Vendredi 6 janvier 2006

Le faible niveau des prix agricoles détruit l’agriculture familiale

Le cycle de Doha ne fait qu’aggraver cette situation 5 voix du sud et du nord : même constat et mêmes attentes !

15 décembre 2005 Peu avant la conférence ministérielle de l’OMC en 2003, des organisations paysannes africaines, asiatiques, latino-américaines et européennes ont signé la déclaration de Dakar. Cette déclaration commune pointait la nécessité de mettre en œuvre des politiques agricoles fondées sur des droits et de défendre la souveraineté alimentaire. En janvier 2005, un nouvel appel, l’appel de Chapeco , a été publié lors d’une rencontre d’organisations paysannes au Brésil. Cet appel part du constat que la situation des agriculteurs familiaux ne cesse de s’aggraver : difficultés d’accès à la terre, dégradation des capacités des populations rurales mettant en péril la sécurité alimentaire, baisses des prix payés aux producteurs. Il présente des solutions basées sur la mise en place de politiques d’accès aux ressources, la nécessité de mettre en œuvre le droit à la protection des marchés, d’assurer des prix agricoles rémunérateurs et de renforcer la gestion de l’offre sur les marchés mondiaux. Réunis à Hong Kong, des représentants des organisations signataires de cet appel, ont expliqué comment l’agriculture familiale a tout à craindre d’une nouvelle baisse des tarifs douaniers et des aides gouvernementales. Ecoutons leurs témoignages qui illustrent comment des paysans qu’ils soient en Europe, en Afrique ou en Amérique Latine ou Amérique du Nord ne peuvent plus vivre de leur travail. Altermir Tortelli est coordinateur de la FETRAF - SUL au Brésil. Il souligne à quel point les latifundistes associés aux multinationales interviennent au niveau international avec la même agressivité qu’au Brésil. Pour les agriculteurs familiaux brésiliens, l’essentiel n’est pas d’accéder au marché international mais d’accéder au marché local et à une réforme agraire qui permettra d’éliminer la faim parmi la population brésilienne. Bruce Sanders est membre de l’organisation canadienne « Dairy farmers » (producteurs de lait). Il témoigne de son expérience à l’exportation qui n’a rien rapporté si ce n’est des revenus bas et instables. C’est pourquoi avec son organisation, il a mis en place un système de production basé sur le contrôle de la production et la négociation collective. Ainsi, il bénéficie, comme tous les producteurs membres de son organisation, de revenus stables et rémunérateurs. Il refuse les règles commerciales qui, par des baisses tarifaires, condamnent un système qui marche tant pour les producteurs que les consommateurs. NDiogou Fall est président du ROPPA, le Réseau des organisations paysannes de producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest. Le ROPPA a pris part au processus de Dakar qui a permis d’instaurer un dialogue avec d’autres producteurs et d’autres organisations de la société civile. Le marché auquel il souhaite accéder est le marché local et régional. C’est pourquoi il est important que les gouvernements protégent les marchés locaux et puissent instaurer des taxes et des mécanismes de sauvegarde. Ce combat est difficile car les règles de l’OMC mais également les pressions de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International ne permettent pas aux gouvernements de prendre des décisions favorables au développement des agriculteurs familiaux. Georges Naylor du NFFC (Etats-Unis - Coalition nationale des agriculteurs familiaux) explique que même si les surfaces des fermes sont supérieures à 100 ha, les prix du marché ne permettent pas d’avoir un revenu suffisant. Les subventions, très souvent critiquées, compensent ces prix bas, mais de manière insuffisante. Comme tous les producteurs, Georges préfèrerait gagner sa vie directement par la vente de ses produits. René Louail est membre de la CPE, la Coordination paysanne européenne, elle-même membre de Via Campesina, le syndicat international qui regroupe des organisations paysannes du monde entier. Pour lui, le processus de Dakar s’inscrit dans le combat mené contre l’accord agricole de l’OMC qui contribue à la faim dans le monde et à la disparition des exploitations paysannes : chaque année, 50 millions de paysans quittent leur métier. Face aux impératifs du développement, face aux différents défis environnementaux (qualité de l’eau, extension des zones arides sur tout le globe etc.), il réclame des politiques audacieuses basées sur des outils de régulation. Il refuse que l’agriculture soit une monnaie d’échange dans le cadre de l’OMC pour obtenir la libéralisation des services. Il rejette les mesures mises en œuvre dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune qui a déjà conduit à des désastres : rien qu’au Portugal, 50 000 hectares de terre ont été abandonnées. L’année suivante, elles ont été quasiment détruites par les feux de forêt. Il rappelle que le combat est aussi un combat contre les OGM car accepter les OGM, c’est laisser le marché des semences dans les mains de quelques multinationales. C’est pourquoi, il réaffirme l’indispensable solidarité entre les agriculteurs familiaux du monde entier et l’impératif de revendiquer la souveraineté alimentaire pour chaque état ou espace régional. Il espère que Hong Kong ne se conclura par un accord qui ne serait que le prolongement d’un processus dénoncé depuis Doha. Discussion La discussion a permis de dégager des points d’accord, des interrogations et des suggestions. Pour le président des JA (Jeunes Agriculteurs - France), ce combat est impératif même si il n’est pas facile de ramer à contre courant. Le processus de libéralisation actuelle qui enlève des outils d’organisation, qui déstabilise les marchés et interdit la souveraineté alimentaire, n’oriente pas un cycle du développement. C’est pourquoi, les JA ont soutenu la déclaration de Dakar. Il faut mettre en avant que tous les paysans doivent être complémentaires et non concurrents. Chaque paysan a besoin de vivre de son travail, ce qui implique des prix à la production. L’enjeu est maintenant de diffuser ces idées. En France, « un mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture » est en train de se créer. Il a pour objectif de faire porter ses idées par des milieux non agricoles. Parmi les questions posées, on notera celle de François Dufour de la Confédération Paysanne. Il se demande si la souveraineté alimentaire peut être inscrite à l’OMC. Il craint que si nous restons liés à l’OMC, les conflits d’intérêt entre les continents et entre le monde paysan se multiplient. Pour Saliou Sarr du Sénégal (CNCR et Roppa), la présentation des différents représentants donne l’impression que tous sont dans la même organisation. Il suggère de bâtir une alliance des paysans basée sur les convergences et non sur les divergences. Josie Riffaud du Comité de coordination de Via Campesina rappelle qu’un mouvement paysan mondial existe déjà : il s’appelle Via Campesina et revendique la souveraineté alimentaire. Plutôt que de multiplier les organisations, ne faudrait-il pas plutôt que chacun rejoigne Via Campesina. Cet impératif de rassembler la voix des paysans est également appuyé par la représentante d’une organisation de paysans asiatiques. Artisans du Monde souhaite élargir cette proposition à une proposition plus globale : le combat actuel n’est pas un combat entre paysans du Nord et paysans du Sud, c’est un combat contre un modèle agro exportateur. Mais ce combat ne doit pas concerner le seul monde paysan : il faut réunir les différentes forces de la société civile. En France, le Réseau pour des agricultures durables inventives et solidaires rassemble différentes composantes de la société civile : associations de consommateurs, de protection de l’environnement, de solidarité internationales, des organisations professionnelles agricoles. En vue de la conférence ministérielle de l’OMC, 24 organisations de solidarité internationales, des syndicats, des organisations professionnelles agricoles ont formé le collectif « OMC, 10 ans ça suffit » en développant des positions communes globales basées sur les points de convergence. Il ne faut pas créer de nouvelle organisation mais ensemble et non de manière fractionnée constituer une réelle force pour inverser les règles commerciales actuelles. Pour un autre représentant des JA, l’unité de vue sur les fondamentaux est nécessaire mais il faut miser sur les négociateurs qui n’ont pas toujours en tête les enjeux de l’agriculture. Le besoin d’unité est également souligné par un représentant de l’UEMOA (Union économique monétaire de l’Afrique de l’ouest) qui retrouve comme point d’accord la défense de la petite paysannerie, la défense des consommateurs. Il importe de défendre la sécurité alimentaire par des mesures tarifaires. Mais défendre ces propos n’est pas facile au sein de l’OMC. Comme le rappelle un député du Luxembourg, les députés présents à la conférence ministérielle de l’OMC n’ont pas le droit de s’exprimer. Leur seul droit est d’assister aux réunions. Dans une région où la population est paysanne, il n’y a pas d’autres alternatives que de soutenir l’agriculture tout comme dans les pays du nord quand l’emploi est menacé, il faut soutenir l’emploi. Il faut par conséquent mieux organiser les marchés et mettre en cohérence les politiques. Il y a urgence à rédiger un rapport sur les cohérences politiques : certains n’écoutent que le FMI, d’autres que l’OCDE ou telle autre organisation qui ont chacune leur propre analyse. Il faut se mettre ensemble et mettre à plat ces analyses pour réformer les politiques. Cette réforme implique de ne pas mettre en concurrence des paysans qui ont des écarts de compétitivité de 1 à 5. Il faut transcender cette pensée unique : Traid not aid (du commerce pas de l’aide) car cette histoire ne tient pas la route. Il faut du commerce, de l’aide et des règles de fonctionnement : ce qui veut dire aborder la question des prix qu’on n’a pas le droit de brader. Le temps était court et nous n’avons pu entendre que ces 4 réponses qui soulèvent de nouvelles questions et donnent des axes de travail. Pour le représentant de la coalition nationale des agriculteurs familiaux (USA), nous ne pourrons réussir sans remettre en cause les prix bas. Mais attention à la manière de faire. En supprimant les subventions, les petits paysans vont arrêter leur exploitation tandis que les grandes exploitations pourront continuer à acheter des pesticides, des semences, des machines agricoles à ceux qui paient la campagne présidentielle de Georges Bush et voudraient qu’on supprime les subventions. Mais si les subventions sont supprimées, il y aura également une catastrophe financière. Et quant aux subventions sur le coton, réfléchissons : en les supprimant, le prix du coton va augmenter pour les producteurs africains. Mais demain que feront-ils quand ils seront concurrencés par la Chine ou le Brésil ? Par ailleurs, si les cultivateurs américains arrêtaient de produire du coton, ils produiraient du soja. Et déstabiliseraient un autre marché. Pour le représentant de la FETRAF, il faut mener deux stratégies en parallèle : être à la table des négociations et être un mouvement qui se mobilise et défend des positions. Il est ainsi capital d’arriver à des prises de position commune de la société civile contre l’OMC et de construire des propositions. Le représentant de la CPE affirme son ouverture à toutes les organisations qui souhaitent défendre la souveraineté alimentaire de manière exigeante. Celle-ci se décline par une remise en cause des politiques agricoles en Europe, aux USA là où il y a en nombre le moins de paysans là mais où sont installés les 40 plus grandes transnationales qui existent sur la planète. Il faut aller au-delà du monde paysan car le projet défendu est un projet global de société. Il faut par conséquent profiter de ces prochains jours pour dépasser la ligne blanche et exprimer nos mécontentements de manière pacifique tout en étant force de propositions. La CPE refuse les politiques qui ont consisté à détruire les politiques vivrières dans les pays du Sud. D’où la nécessité de demander dans le cadre d’un collectif large que l’agriculture sorte de l’OMC. Mais nous avons besoin d’outils de régulation d’autant que les échanges bilatéraux sont aussi catastrophiques. Il faut par conséquent construire un système où soit défendu la souveraineté alimentaire. En conclusion, NDiogou Fall souligne la dynamique enclenchée entre les différents acteurs de la société civile et remercie les participants. Compte-rendu rédigé par Anne-Françoise Taisne, membre du conseil d’administration de la fédération Artisans du Monde

Par Georges Fandos - Publié dans : www.cap21.agriculture.foret
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Mardi 27 décembre 2005
QUELS ENJEUX AUTOUR DES NEGOCIATIONS AGRICOLES DE L’OMC À HONG-KONG ? Dans le dossier OMC / agriculture il y un piège à éviter :c'est de croire que la baisse des taxes douanières* chez nous va favoriser les petits producteurs des pays du tiers monde. En fait cette baisse favoriserait les ventes chez nous des denrées de gros producteurs de soja, céréales et viande des pays émergents (Brésil, Argentine, ...) et ruinerait certains de nos agriculteurs (les éleveurs en particulier). Cap 21 défend les droits de douane actuels aux importations s'ils permettent de maintenir nos paysans et l’aménagement équilibré du territoire et de lutter contre le moins disant environnemental et social (produits importés ne respectant pas les droits des producteurs, des salariés et l'environnement). Les taxes aux importations pourraient être reversées aux paysans des pays pauvres pour favoriser l’agriculture vivrière chez eux et la satisfaction des besoins alimentaires de leurs populations CAP 21 s'oppose aux restitutions à l'exportation (ex; céréales) qui coûtent cher, créent des disparités entre agriculteurs chez nous et empêchent les paysans du Sud de produire leur propres céréales, par exemple le riz. Georges Fandos Délégué régional CAP 21 Languedoc-Roussillon Ingénieur agronome * Les USA aident leurs producteurs sous formes d'aides directes aux producteurs moins visibles que les aides au soutien du marché pratiquées par les européens. Ils sont donc mal placés pour nous faire la leçon.
Par Georges Fandos - Publié dans : www.cap21.agriculture.foret
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